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Une brève note sur la nécessité du retournement de stigmate, en particulier celui de la folie.
Pourquoi retourner le stigmate de la folie ? C’est une souffrance d’être fou, non ? Qui ne voudrait pas être guéri·e ?
La folie est une accusation dont le premier rôle est d’essentialiser la norme, de délégitimer la parole des indésirables, de museler les colères légitimes. C’est le cas des femmes, révoltées par le patriarcat, qu’on traite d’hystériques ; c’est le cas des personnes non-blanches, révoltées par le racisme, qu’on infantilise ; c’est le cas des personnes queer, qui ne cherchent qu’à exister, dont on pathologise la déviance comme une maladie de l’esprit.
La folie, c’est l’autorisation donnée au sain d’esprit de priver autrui de sa liberté, de son autodétermination, de sa parole, de son récit de soi.
Si je dis « je ne suis pas folle », je me dédouane personnellement. Quid alors des autres ? Les “vrais” fous ? Ciels qui subissent ce stigmate sans pouvoir le refuser, le masquer, ni se soustraire à ses implications ?
Si je dis « je ne suis pas folle », je stigmatise en creux ciels qui le sont. Même tracer une ligne entre les “folies douces” (dont la mienne) et les “folies furieuses” (les vraies, les graves, les dangereuses), ce serait une violence envers les plus stigmatisé·es que moi. Et au final, cette ligne serait détrimentale à tout le monde, y compris moi, parce que moi aussi, des fois, j’ai des accès de folie.
Mais alors, si après tout, moi aussi je suis folle… je ne veux ni être privée de ma liberté, ni condamner au stigmate ciels qui ne parlent pas aussi bien humain que moi.
Alors, que faut-il faire ?
Il faut rendre cette étiquette inoffensive. La vider de son sens. Il faut désarmer la société de cette capacité à infliger ce stigmate. Pas en la lui interdisant, car il lui suffira de la reprendre de force pour nous crucifier avec à nouveau, mais en l’émoussant complètement. Lorsqu’être fou ça ne sera ni un jugement ni une excuse, juste un mot comme un autre, alors seulement nous pourrons soigner avec respect ciels qui souhaitent l’être, et accepter tranquillement ciels qui ne le souhaitent pas comme l’une des nombreuses variations de ce à quoi peut ressembler une vie.
Il faut dans le même temps déposséder les soignants de leur autorité. Il faut vider les diagnostics de tout leur pouvoir autorisant, afin de permettre à toustes ciels qui en sont privé·es ou qui les refusent d’obtenir l’aide qu’iels demandent. Lorsque le diagnostic ne sera plus un jugement émis par une personne “saine d’esprit”, lorsqu’il ne sera plus ni un passe-droit, ni un stigmate, ni une obligation de soins, ni une interdiction en creux, alors seulement il sera ce qu’il aurait toujours dû être : une clé de lecture, incomplète et incertaine, proposée à un individu, qui tente de poser une explication sur un fonctionnement atypique, et des pistes pour avancer dans le monde, à la lumière de cette hypothèse, ou en trouver d’autres, si elle se révélait inadéquate.
C’est dans ce contexte là que je dis : « je suis folle ». Par solidarité envers ciels qui n’ont pas ce choix. Pour ne pas fuir la richesse de ce que je suis. Pour faire éclater ce stigmate de l’intérieur.
Je suis folle, et je refuse d’en avoir honte.